Mixed Migration Review 2025
La migration dans un contexte de turbulences géopolitiques
Pourquoi les gens migrent-ils et qu'est-ce qui influence leurs décisions ? Mieux comprendre les facteurs de migration et ce qui influence les choix des migrants et des réfugiés est essentiel pour éclairer et élaborer des réponses, des politiques et des programmes fondés sur des données probantes.
Ce document synthétise nos principales conclusions et présente cinq messages clés expliquant les raisons des migrations. Il s'appuie sur une décennie de recherches approfondies et d'analyses d'experts, incluant plus de 100 000 enquêtes 4Mi menées auprès de réfugiés et de migrants.

Les migrants et les réfugiés partent souvent pour des raisons complexes, multiples et interdépendantes. Conflits armés, changements climatiques, précarité économique, instabilité politique, discrimination ou regroupement familial ne sont que quelques exemples des nombreux facteurs qui influencent leur décision de migrer – des facteurs qui se recoupent et s'influencent mutuellement. Ces raisons ne peuvent être appréhendées par le biais du discours simpliste des « causes profondes », si répandu dans les débats publics et politiques. Il est essentiel de reconnaître la capacité d'agir individuelle des réfugiés et des migrants, tout en relativisant et en ne surestimant pas le rôle des passeurs. L'immobilité est un autre facteur à étudier, car elle peut contribuer à éclairer les motivations et les processus décisionnels.
des réfugiés et migrants interrogés, ont cités plusieurs raisons pour justifier leur départ.
Les politiques d'asile se classent au 7e rang des raisons de choisir l'Europe comme destination.
D'après des enquêtes menées auprès de 21 200 réfugiés et migrants en Europe.
des réfugiés et des migrants interrogés ont déclaré que des passeurs avaient influencé leur décision de migrer.
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Les facteurs de « répulsion » sont liés au pays d'origine du migrant (ce qui le pousse à migrer), tandis que les facteurs d'« attraction » concernent le pays de destination (ce qui attire les personnes vers un lieu précis). Parmi les facteurs de répulsion les plus courants figurent les conflits, la perte de moyens de subsistance, les événements climatiques extrêmes, l'instabilité politique et les crises économiques. Les facteurs d'attraction les plus fréquents sont la stabilité socio-économique, les perspectives d'emploi, les liens familiaux et un environnement moins exposé aux catastrophes naturelles.
Bien que ce modèle soit encore couramment utilisé, il est souvent critiqué pour sa simplification excessive des dynamiques migratoires. En réalité, les décisions migratoires sont influencées par une combinaison de facteurs interdépendants qui peuvent agir simultanément comme des facteurs de répulsion et d’attraction. Nous utilisons donc le concept plus large de facteurs migratoires, qui rend mieux compte de la complexité des motivations et des situations individuelles.
Les liens familiaux et sociaux jouent souvent un rôle central dans la décision d'émigrer. Une personne peut choisir d'émigrer, par exemple, pour retrouver sa famille ou pour trouver un emploi lui permettant de subvenir aux besoins de ses proches restés dans son pays d'origine.
Bien que les facteurs liés au climat et à l'environnement affectent de plus en plus la vie des populations, les données 4Mi du MMC montrent qu'ils constituent rarement la seule raison des migrations. Parmi près de 60,000 personnes interrogées dans le monde (entre 2021 et mars 2024 ), seulement 4 % ont initialement cité des facteurs environnementaux comme motif de leur départ. Cependant, interrogées directement, 23 % ont reconnu que le climat avait joué un rôle dans leur décision. Cela suggère que les changements environnementaux agissent souvent comme un facteur indirect ou aggravant – accentuant les difficultés économiques, l'insécurité ou la perte de moyens de subsistance – plutôt que comme une cause unique de migration. De plus, les facteurs environnementaux sont plus fréquemment associés à la mobilité de courte distance, interne ou régionale, et moins à la migration internationale de longue distance.
Nos enquêtes montrent que les politiques d'asile des pays de destination ne constituent pas le facteur déterminant dans le choix de la destination pour la plupart des personnes. De plus, de nombreux réfugiés et migrants ne sont pas pleinement informés des politiques d'asile spécifiques à chaque pays.
À partir des données 4Mi recueillies auprès d'un échantillon mondial diversifié de près de 60,000 personnes réfugiées et migrantes interrogées entre janvier 2021 et mars 2024, nous avons étudié dans quelle mesure l'accès à l'asile influence le choix de destination des personnes en déplacement. À l'échelle mondiale, 27 % des personnes interrogées ont mentionné l'accès à l'asile, le classant au sixième rang des facteurs les plus importants. Le principal facteur déterminant le choix de destination est l'accès aux opportunités économiques dans le pays d'accueil cité par 68% des personnes, suivi par un meilleur niveau de vie (54 %) et la sécurité (41 %). En Europe, où l’idée selon laquelle l’accès à l’asile constitue un facteur d’attraction est particulièrement répandue, les répondants citent six autres raisons plus importantes de vouloir rejoindre l’Europe avant de mentionner l’accès à l’asile.
Les données recueillies auprès des réfugiés et des migrants en déplacement montrent que les passeurs n’incitent pas les personnes à entreprendre une migration irrégulière. Quelque 60,000 enquêtes avec des réfugiés et migrants entre janvier 2021 et mars 2024 montrent que la famille et les amis restent les principales sources d’influence. À l’échelle mondiale, seuls 4 % des répondants ont indiqué que les passeurs avaient influencé leur décision de migrer.
L’expression « causes profondes des migrations » désigne les conditions sous-jacentes qui poussent les populations à se déplacer, telles que les conflits, la pauvreté, l’instabilité politique ou le changement climatique. La notion de « causes profondes » joue un rôle important dans les politiques visant à agir sur les migrations irrégulières et à les réduire. Cependant, ce discours est problématique. Il présente les migrations comme un problème à prévenir plutôt qu’à gérer, ce qui conduit à des politiques restrictives et dissuasives qui aggravent souvent les crises mêmes qu’elles cherchent à résoudre. Il simplifie également à l’excès les migrations en se concentrant uniquement sur les raisons qui poussent les gens à partir (les « facteurs de répulsion »), tout en ignorant les raisons pour lesquelles les personnes choisissent certaines destinations et la demande mondiale de main-d’œuvre migrante. Enfin, il tend à « oublier » de nombreux facteurs qui jouent en réalité un rôle plus fondamental dans les migrations.
De plus, le discours sur les causes profondes orientant de plus en plus les politiques de développement, cela conduit à des réorientations potentiellement problématiques du financement du développement en fonction de sa pertinence du point de vue migratoire, ce qui peut être en contradiction avec les besoins réels ; cela conduit à une mesure problématique du succès des projets de développement (le développement entraînant souvent davantage de migrations) ; et cela conduit à l'utilisation des fonds de développement pour des projets de gestion des migrations, ce qui exacerbe souvent l'instabilité et intensifie en réalité les facteurs de migration et de déplacement.
Publications sur les expériences migratoires spécifiques des femmes, des enfants, des jeunes et des personnes LGBTIQ+.
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