Mixed Migration Review 2025
La migration dans un contexte de turbulences géopolitiques
Le long des routes de migration mixte à travers le monde, de nombreux réfugiés et migrants font appel à des passeurs pour poursuivre leur parcours. Face aux migrations irrégulières, les politiques mettent de plus en plus l’accent sur la lutte contre le trafic de migrants. Trafic de migrants et traite des personnes sont souvent confondus, parfois délibérément, pour justifier des mesures toujours plus répressives. Malgré des années de lutte contre le trafic et des contrôles aux frontières de plus en plus restrictifs, les réseaux de passeurs continuent de s’adapter, de se développer et de trouver de nouvelles façons d’opérer.
Ce rapport rassemble les données de plus de 80,000 entretiens menés auprès de personnes en déplacement le long des principaux axes de migration mixte à travers le monde et de plus de 450 entretiens avec des passeurs en Afrique. Il fournit ainsi une base de données probantes et accessible qui explique le fonctionnement réel du trafic et comment les politiques actuelles contribuent à l’alimenter.

Sur les routes de migration mixte, les réfugiés et les migrants peuvent être confrontés au trafic de migrants comme à la traite des personnes. Mais il s’agit de deux phénomènes distincts, même si la frontière entre les deux peut parfois devenir floue. Selon les Protocoles de Palerme, le trafic de migrants désigne des services rémunérés, financièrement ou autrement, qui permettent à une personne d’entrer irrégulièrement dans un pays.
La traite des personnes, en revanche, implique le recours à la force, à la contrainte ou à la tromperie dans le but d’exploiter une personne, notamment par le travail forcé, l’exploitation sexuelle ou d’autres formes d’abus. Dans la pratique, la distinction peut devenir moins nette lorsque des passeurs maltraitent ou exploitent des migrants, portant atteinte à leurs droits fondamentaux et leur causant des préjudices durables.
MMC utilise une définition plus large des termes « passeur » et « trafic de migrants » que celle des Protocoles de Palerme. Elle englobe différentes activités rémunérées par les réfugiés et les migrants qui facilitent la migration irrégulière : franchissement irrégulier de frontières internationales ou de points de contrôle à l’intérieur d’un pays, fourniture de documents, transport ou hébergement. Cette approche reflète davantage la manière dont les réfugiés et les migrants perçoivent le rôle des passeurs et la facilitation de leurs déplacements. Cela ne signifie toutefois pas que MMC considère toutes ces activités comme illégales.
Le trafic de migrants et la traite des personnes sont souvent confondus, parfois délibérément, pour justifier des politiques migratoires plus répressives, notamment la militarisation et la sécurisation des frontières, qui rendent les traversées de plus en plus dangereuses.
des réfugiés et des migrants ont déclaré avoir eu recours à un passeur au moins une fois.
des réfugiés et des migrants ont déclaré que des passeurs avaient influencé leur décision de migrer.
des passeurs ont augmenté leurs tarifs au cours des six mois précédant l'entretien, en partie en réaction au renforcement des contrôles aux frontières.
Il existe de nombreux types de passeurs. Certains vous maltraitent, tandis que d'autres sont plus humains.
Érythréen de 31 ans en Éthiopie
Le métier de passeur rapporte plus d'argent que beaucoup d'autres. C'est un travail risqué, mais on s'en sort très bien.
Entretien avec un passeur de migrants
J'ai été vendu par mon premier passeur et forcé d'effectuer des travaux pénibles sans rémunération.
Femme nigériane au Niger
S’appuyant sur une décennie de recherches approfondies et d’analyses d’experts, comprenant plus de 85 000 enquêtes 4Mi auprès de réfugiés et de migrants et des centaines d’enquêtes 4Mi auprès de passeurs…
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La migration irrégulière est alimentée à la fois par l'offre et la demande : la demande des personnes souhaitant migrer (qui, en l'absence de voies légales, se traduit par une demande de migration irrégulière), et l'offre des passeurs facilitant cette demande lorsque les voies légales font défaut.
Lorsque les politiques se concentrent principalement sur la réduction de l'offre par la dissuasion et la criminalisation, et ne s'attaquent pas suffisamment à la demande persistante de migration, au lieu de briser le modèle économique, elles renforcent celui des passeurs, qui s'adapteront, emprunteront des itinéraires plus risqués et augmenteront les prix et les profits.
Les expériences récentes sont riches d'enseignements. Lorsque l'UE a activé la directive de protection temporaire pour les Ukrainiens, accordant à des millions de personnes un statut légal immédiat et la liberté de circulation, les passeurs n'ont pas pu établir de marché. Développer des voies d'accès sûres et réalistes est donc le moyen le plus efficace de démanteler les réseaux de passeurs et de sauver des vies.
Les personnes ont principalement recours aux passeurs lorsque les voies d'accès sûres et légales sont limitées ou difficiles, pour faciliter leur voyage ou faute d'autres options. Parfois, les passeurs représentent leur seul moyen d'échapper au danger ou d'atteindre leur objectif migratoire. Par exemple, les enquêtes MMC 4Mi sur les routes migratoires reliant la Corne de l'Afrique aux côtes yéménites ont révélé que 99 % des migrants et réfugiés interrogés ont utilisé des passeurs pour rejoindre le Yémen, ce qui illustre le manque d'alternatives sûres et légales et la difficulté des passages, facteurs qui accroissent la dépendance aux passeurs (données basées sur 1 645 enquêtes menées auprès de personnes en déplacement au Yémen en 2025). Au Sahel central, 49 % des personnes ayant eu recours à des passeurs (n = 1 550) n'étaient pas des migrants en situation irrégulière, mais ont choisi cette option pour faciliter leur voyage (notamment pour gérer les points de contrôle et les relations avec les autorités, ou pour obtenir de l'aide).
Les données recueillies auprès des réfugiés et des migrants en déplacement montrent que les passeurs n’incitent pas les personnes à entreprendre une migration irrégulière. Quelque 60,000 enquêtes avec des réfugiés et migrants entre janvier 2021 et mars 2024 montrent que la famille et les amis restent les principales sources d’influence. À l’échelle mondiale, seuls 4 % des répondants ont indiqué que les passeurs avaient influencé leur décision de migrer.
Le Protocole des Nations Unies contre le trafic illicite de migrants définit le trafic illicite de migrants comme « un crime consistant à obtenir, en contrepartie d’un avantage financier ou matériel, l’entrée illégale d’une personne dans un État dont cette personne n’est ni ressortissante ni résidente ».
Le MMC adopte une définition plus large du « trafic » qui englobe diverses activités facilitant la migration irrégulière. Il s’agit notamment du franchissement irrégulier des frontières internationales et des points de contrôle intérieurs, ainsi que de la fourniture de documents, de moyens de transport et d’hébergement. Le MMC utilise cette définition car elle reflète la perception qu’ont les réfugiés et les migrants du trafic. Cela ne signifie pas pour autant que le MMC considère toutes les activités incluses dans cette définition élargie du trafic comme constituant des infractions pénales.
La corruption et la collusion jouent un rôle majeur dans la facilitation de la migration irrégulière et du trafic de migrants. Sans la complicité de fonctionnaires corrompus, le trafic de migrants ne pourrait pas prospérer comme il le fait le long de nombreuses routes migratoires importantes. Sur 480 enquêtes menées auprès de passeurs sur la route de la Méditerranée centrale, 57 % ont déclaré avoir des contacts directs avec des fonctionnaires pour faciliter leurs opérations, principalement pour libérer des migrants détenus, guider les passages de frontière et partager des informations sur les patrouilles. Les fonctionnaires les plus fréquemment impliqués, selon les passeurs, étaient la police et les services de contrôle aux frontières, suivis du personnel des centres de rétention.
Bien que MMC n'interroge pas explicitement les personnes en déplacement sur la traite des êtres humains, plusieurs de nos rapports contiennent des chiffres et des informations sur ce sujet, fournis spontanément par les répondants. Parmi tous les réfugiés et migrants interrogés dans le monde par MMC, 5.7 % ont spontanément déclaré avoir personnellement été victimes de traite et d'exploitation. Les jeunes semblent particulièrement vulnérables : 6.5 % des 18-25 ans signalent ce problème, contre 3.9 % des 41 ans et plus. Les hommes semblent également être plus souvent victimes de traite que les femmes (6.2 % contre 4.8 %), de même que les personnes ayant eu recours à des passeurs pour leur voyage.
Un aperçu de nos recherches sur les risques auxquels sont confrontées les personnes en déplacement et sur leurs besoins.
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